J’avais rédigé récemment une note d’étonnement sur l’une des œuvres de Marcel Pagnol : un scénario (ou plutôt une pièce théâtrale) portant sur les relations humaines… préhistoriques ! Il s’agit, selon moi, d’un récit d’une qualité exceptionnelle.
Naturellement, dans cet univers, je m’étais aussi tourné vers le roman de l’auteur franco-belge JH Rosny (l’ainé), écrit en 1909, puis, bien entendu, vers l’adaptation cinématographique de JJ Annaud de 1981, lesquels sont l’un et l’autre l’objet de ce billet.
Le roman de 1909

Je propose d’appliquer ici la technique du hamburger : commencer par le bon petit pain, mettre la m#*%e au milieu, finir par le bun derechef – c’est tout de même plus digeste !
Tout d’abord, ce roman est très efficace. Il est prenant, intéressant, on se trouve comme transporté dans un autre univers (on croirait d’ailleurs à une autre planète) et c’est déjà très bien !
La manière de nous raconter cette histoire, d’un point de vue narratif et, j’ose le dire, psychologique, fonctionne parfaitement : on vibre avec la tribu confrontée aux dangers, et surtout avec le personnage principal, Naoh.
Cette fiction résulte de toute évidence de recherches (pré) historiques approfondies, et cela peut être également salué.
Ce roman relève-t-il de littérature ?
Là, c’est déjà plus discutable.
De mon point de vue, il n’y a là rien d’artistique.
Bien sûr, cette lecture n’est pas dénuée d’émotions fortes, puisqu’il s’agit d’un roman d’aventure… mais, à mon sens, il ne s’agit PAS d’une dimension artistique.
Il s’apparente plutôt à ces romans du début du XXème siècle tels que “Tarzan des grands singes” (Edgar Rice Burroughs, 1912), ou encore les deux premiers tomes de “Zorro” (Johnston Mc Culley, 1919). Ces deux exemples partagent de nombreuses similitudes avec La Guerre du Feu, notamment un côté “pulp fiction”, au sens originel des romans à feuilleton.
En d’autres termes, il s’agit donc globalement d’une belle fiction pour adolescents, bourrée de qualités, et qui laisse de bons souvenirs, à titre de divertissement et d’impressions fortes… Ce récit est donc tout à fait recommandable, même s’il ne s’agit pas d’un phénomène artistique.
Le film de 1981
C’est là que l’analyse devient intéressante, d’un point de vue artistique.
En effet, même si ce film suit de manière assez fidèle le livre, plusieurs points méritent d’être évoqués…

Tout d’abord, le film est très bien réalisé, quoiqu’il soit très marqué par son époque (“années 80″…)
En particulier, la photographie est de première qualité, au niveau de la composition, d’abord, mais aussi des couleurs, clairs / obscurs, etc. Cela génère une satisfaction esthétique, qui justifie en soi la vision de ce film.








L’autre point étonnant relève de la narration, qui s’éloigne parfois très fortement du matériau originel et pour cause : le scénario invente plusieurs éléments !
En général, c’est une tentation qui fonctionne mal, mais en l’occurrence, la bonne nouvelle est que ce sont ici plutôt des réussites :
- Le village des “Ivaka” : dans cette partie, le héros, puis ses acolytes, sont accueillis dans un village autochtone. Cette séquence offre tout un ensemble de situations riches pour la narration et pour la dynamique générale du film



- La découverte du rire : au contact de cette tribu, le trio des aventuriers va apprendre à rire ! Cela ne figure absolument pas dans le roman, mais c’est une trouvaille tout à fait intéressante. Au départ, cela m’a d’abord déconcerté et m’avait paru un peu gratuit, voire facile, mais tout compte-fait, cela fait parfaitement sens dans la portée artistique de l’œuvre – puisqu’on y parle d’humanité.



- De même, le film introduit la perspective de la “bête à deux dos”, c’est-à-dire d’un acte sexuel, qui serait désiré par la femme et qui nous parle d’abord de relation (c’est aussi là que la mode des années 80 resurgit). Cela synthétise une nouvelle notion, jusqu’à présent inconnu de nos protagonistes : la perspective de l’amour. Honnêtement, c’est tout de même une bonne idée !



Alors oui, j’en conviens volontiers, tout cela un petit peu daté, mais en remettant ce film dans son contexte du début des années 80, j’affirme que le résultat est très réussi… et que l’équipe du film a su transformer un texte relevant du roman d’aventure en une œuvre d’art originale.
Et ça, c’est vraiment remarquable !
A (re)découvrir, donc ; qu’en pensez-vous ?