Impressions : histoires courtes, contes et nouvelles – Le goulot de bouteille, H.C. Andersen


J’aime les histoires courtes et les nouvelles.

J’admets volontiers que, plus jeune, je les considérais comme des formes d’art inférieures… comme si l’auteur n’avait pas été capable d’aller plus loin (oui, j’étais naïf et influençable). 
Naturellement, en me frottant aux courts-métrages, j’ai vite compris qu’il s’agissait plutôt de formes condensées, densifiée, et même que la forme courte leur convenait le mieux. Naturellement, cela vaut aussi pour les chansons, poèmes et a fortiori l’art du Haïku.

J’aimerais donc vous proposer un nouveau thème à billets multiples, qui s’attacherait à partager quelques exemples de ces formes littéraires, parmi les œuvres d’Andersen, de Daudet, Gogol, Tolstoï, Tchekhov évidemment, mais aussi des auteurs plus récents tels que le soviétique Vampilov, ou l’américain du mid-west Pete Fromm… Nous pourrons aussi évoquer certaines « petites » pièces théâtrales (les petites tragédies de Pouchkine, les pièces en un acte de Tchekhov, certaines scène de Brecht…) ou encore des courts métrages et autres films d’animation.

Aujourd’hui, je vous propose ainsi une introduction à l’un des contes du danois Hans Christian Andersen, qui ne figure (bizarrement) pas parmi ses titres les plus connus : le goulot de bouteille.

A mon sens, ce conte synthétise tout ce que j’aime chez lui :

  • À la fois drôle et profond ;
  • Il intègre cette façon si particulière de raconter, presque orale ;
  • On y suit plusieurs lignes dramatiques, qui s’entrelacent ;
  • Le conte à un début et une fin parfaitement maitrisés, ce qui démontre au passage le sens du style de l’auteur et pourquoi on peut bel et bien parler de littérature.

Du reste, il s’agissait apparemment d’un des contes préférés d’Andersen lui-même.

Il serait dommage de vous raconter l’intrigue (d’autant que le texte est fort court, et qu’un simple trajet en train de banlieue devrait suffire pour le lire d’une traite).

Evoquons plutôt les tenants et aboutissants de cette histoire, qui recourt par exemple (comme souvent chez A.) à la personnification – c’est-à-dire au principe de prêter à un objet un certain nombre de caractéristiques humaines. Ce procédé offre en effet à la fois une vérité psychologique étonnante et une  bonne part de l’humour général du conte.
Par ailleurs, bien que cette bouteille soit parfaitement en mesure de penser, à défaut d’agir, tout un pan de son environnement lui échappe : elle ne parvient apparemment pas à percevoir la tristesse qui l’entoure par moments. D’une certaine manière, son ego surdimensionné l’empêche de se connecter et de ressentir le monde alentour. Nous autres humains parvenons à déduire de ses descriptions une compréhension et une perception élargies – et c’est fort agréable à lire (se sentir intelligent, de temps à autre, ça ne fait pas trop de mal, n’est-ce pas ?…)

L’histoire parle du temps qui passe, de la jeunesse et de son aptitude à se réjouir sans arrière pensée des évènements qui surviennent. 
C’est ainsi que nous assistons, avec un phrasé magnifique, à la naissance de la bouteille (c’est-à-dire à sa fabrication), à sa perception toute naïve de son environnement direct, ainsi qu’au chemin de vie parallèle d’une toute jeune femme que nous croiserons encore plus tard… A nouveau, cette capacité du texte à nous faire comprendre ce qui est vraiment en jeu, alors que la bouteille observe et décrit simplement, est extrêmement riche et enthousiasmante.

Ensuite surviennent les aléas de la vie : une voie qui semble toute tracée, des détours, de nouveaux débuts, des attentes, des espoirs et autres déceptions, etc.

Andersen nous offre une approche unique (puisqu’imaginaire) de la perception du temps : elle n’est pas la même pour notre bouteille et pour les gens qu’elle croise… De fait, nous connaissons bien cet effet, ne serait-ce qu’en se rappelant du temps si lent de l’enfance, à comparer à la rapidité de la vie d’adulte…

Du reste, il est intéressant de noter qu’une simple bouteille, dans les années 1850, était utilisée encore, encore et encore. Dans notre monde contemporain, une bouteille serait à usage unique : une fois servi, hop, à la casse ! (peut-être pas en Europe du Nord, où elles sont généralement consignées).

Et finalement, nous assistons aux vieux jours, un peu amers : cassée, apparemment plus bonne à rien, la bouteille se plaint. Après tout, n’est-ce pas scandaleux qu’une bouteille de cette qualité soit traitée avec si peu de considération ? Tout l’univers n’est-il pas conscient de qui elle est et d’où elle vient ? Où est donc passé le respect ? Et maintenant, elle ne semble être que la moitié de ce qu’elle était – et tout le monde s’en moque !
Tellement juste, n’est-ce pas ?

J’ai ainsi l’impression qu’Andersen a trouvé la forme parfaitement adaptée, avec la bonne longueur, pour l’évocation d’un phénomène aussi universel.
S’il avait basé son histoire sur une personne, cela aurait sans doute été moins drôle – or, l’humour est une formidable clé pour aller plus au fond des choses… Si l’histoire avait été prolongée et développée comme un roman, elle aurait pu perdre sa matière et de son intérêt – or, il est essentiel, pour cette histoire là en tout cas, que le lecteur l’absorbe en une seule fois.

En un mot, je suis convaincu que nous touchons là, avec cette petite histoire, à une œuvre d’art.

Je vous invite à en trouver le texte et à en juger par vous-mêmes : 

Heureusement pour nous, Andersen nous a offert, au fil des ans, un nombre étonnant d’œuvres de cette qualité ; parmi-elles : 

  • La Princesse sur un pois
  • Cinq dans une cosse de pois
  • Le vilain petit canard
  • La pâquerette 
  • Les habits neufs de l’empereur
  • La tirelire
  • La bergère et le ramoneur

L’avez-vous (les avez-vous) aimé(s) ?

V.

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