De temps à autres, de belles choses surviennent via de simples malentendus !
Imaginez-donc que vous vous réveillez, par un beau matin d’été. On est dimanche, le ciel est parfaitement bleu, de cette clarté limpide qu’on trouve dans le midi de la France. La journée sera chaude et ensoleillée.
Alors, vous vous dites : « Pourquoi rester coincé en ville ? Allons plutôt faire un tour dans les collines, dans la pinède. Ce sera mieux et même probablement très sympa ! »

Vue typique des collines autour de la ville de Marseille
Vous préparez vos affaires. Et parmi celles-ci, imaginez une guitare, mais une guitare un peu spéciale, du genre… démontable ! (aussi étrange que cela puisse sembler, cela existe, et c’est formidable pour partir en balade contemplative).
Ainsi donc, vous rassemblez l’essentiel : la guitare, d’abord, de quoi manger et de la flotte ensuite – et hop, c’est parti !

Vous descendez du bus et là, bam, c’est le coup de chaud sur la nuque, le choc thermique d’un soleil déjà haut et brulant dans le ciel. Vive les chapeaux !
Mais tout à coup, sur le bord de la route, un panneau rouge attire votre regard : « FEU DE FORET […] ACCES INTERDIT AUJOURD’HUI »

« Oh non ! Merde alors !
Mais comment ai-je pu oublier de regarder en avance ? Bon, je fais quoi, là ? Retour au bercail ? Après avoir tout préparé, puis m’être tapé les 45 minutes de transport, c’est vraiment ballot !
Est-ce qu’il ne faudrait pas plutôt chercher un coin à l’ombre, un peu sympa.. Peut-être y aurait-il de quoi se poser avec la guitare ? Ce serait déjà ça !
C’est donc résolu, je reste ! »
Alors, vous continuez à marcher sur le bord de la route, regardant alentour. Mais les barrières ne sont pas à plus de 3 mètres du bitume – super ambiance !
Soudain vous revient à l’esprit que, non loin d’ici, il y a un endroit étrange : une sorte de centre sportif abandonné. Vous l’aviez repéré, de loin, il y a un ou deux ans, lors d’une balade – cela semblait mystérieux.
Partant du principe que ce qui est interdit d’accès toute l’année est forcément moins surveillé aujourd’hui, où chaque sentier est sous le feu des projecteurs, vous vous dites qu’il y a quelque chose à tenter…
« Allez, c’est parti ! »
Vous avancez et tombez sur un vieux bâtiment décrépi, à quelques pas de la fin d’une route, une impasse. Vous vous frayez un chemin, cahin cahas, parmi les débris et quelques arbustes sauvages, puis repérez un grand trou dans le mur.
« Ma foi, ça ressemble à une sorte d’entrée. »
Vous pénétrez alors dans une pièce sombre, dont le sol est jonché de détritus et de matériaux de construction érodés. Un escalier, sur votre gauche, semble mener à une toiture terrasse. Vous montez et découvrez un univers étrange formé de murs couverts de graffiti. Alors vous pensez :
« Mais c’est trop cool ! Je reste ici ! »


[Bon, j’avoue ne pas être habitué à « l’urbex » (exploration urbaine). Ce n’est certes pas la première fois que je tombe sur un endroit étrange, mais là, c’était quand même un sacré choc, car le lieu est immense et vraiment spécial !
Son atmosphère est si marquée que cela ne peut que laisser une empreinte…]

Retournons à notre voyage imaginaire : vous voyez là deux « graphers », qui travaillent chacun à leur pan de mur, au sein d’un bassin de piscine désaffecté. Il est intéressant de les regarder appliquer leurs traces, couche après couche, dans cette odeur particulière.

Alors vous montez tout en haut d’un immense plongeoir, lui même en béton. Les marches sont raides. Mais comment donc faisaient les gens pour ne pas se fracasser les os, avec leurs pieds mouillés ?

De là haut, la vue est imprenable et plus folle encore : quel endroit étonnant !


Après un moment, vous décidez de redescendre – prudemment – et de vous assoir sur des marches, dans un coin à l’ombre… C’est le moment de remonter la guitare.

Alors, vous laissez l’atmosphère vous imprégner pleinement, sans plus penser à rien. Vous tâchez de devenir tel une caisse de résonnance. Et tandis que vous observez, écoutez et sentez le mélange des odeurs (entre les pins et les aérosols), vous touchez les cordes et – presque miraculeusement – quelque chose de nouveau apparaît.
A venir :
La pièce musicale issue de cette expérience vous sera offerte, prochainement, sous la forme d’une première démo. J’espère finaliser ce brouillon sonore d’ici une semaine ou deux. Elle durera 7 minutes environ, dans l’esprit général de la suite « BABEL », mais avec un toucher différent.
En attendant, je vous invite déjà à écouter cette suite de morceaux instrumentaux de « Blues costaud », par Justin Johnson et sa bande. En effet, il y aura là quelque chose d’un peu similaire, quoique plus simple et brut dans sa forme, avec deux guitares 100% acoustiques :
Instantanés du passé :
De manière assez amusante, en évoquant cette petite aventure péri-urbaine avec l’un de mes amis, Fredo, qui a lui-même vécu à Marseille avant moi, celui-ci me dit : « la Piscine de Luminy ? Mais j’ai nagé là bas ! »
Bâti au début des années 70, ce complexe de piscines publiques a été en effet abandonné dans les années 2010.


Si vous voulez en savoir plus : https://tourisme-marseille.com/fiche/piscine-de-luminy-histoire-d-un-immense-gachis-marseille-parc-aquatique/
Bonne semaine !
V.
4 réponses à “Au détour d’un chemin : une ruine moderne”
Allez tant pis, le morceau n’est pas encore publié mais comme j’ai eu la chance de l’écouter en avant première, je ne résiste pas à l’envie d’écrire une bafouille ici.
Tout d’abord sur le lieu qui est incroyable et hors du temps! Penser que c’est si récent ne fait qu’alimenter le brin de nostalgie d’une rentrée pluvieuse… Heureusement il suffit d’écouter cette compo Babel pour retrouver le soleil, les cigales et la chaleur ! Bravo à toi, j’aime bcp ce duo de guitares qui s’imprègne de différentes ambiances extérieures.
A la 1ere écoute je me disais que les cigales étaient parfois trop présentes voir contraignantes car à contre rythme, mais en y réfléchissant, c’est justement ça les cigales! Elles sont là, en permanence, on s’y fait, et c’est ça le charme du Sud. D’ailleurs ça m’intrigue: enregistrées tout le long ? Ou quelques minutes puis bouclées par la magie du numérique?
3e écoute: si on me demandait mon avis, voici mon instant préféré: 2:45
Et celui dont je suis un peu sur ma faim: la fin ! Est ce qu’un bruit de graffeur plus prégnant aurait mieux justifié la fin de la rêverie des guitares? Ou même, allez, testons: un grand plouf de piscine ?! 😉
[…] Aujourd’hui, je vous invite à être auditeurs. C’est avec un plaisir (non sans affres) que je partage en effet, avec vous, une nouvelle maquette musicale.Comme vous avez pu le lire précédemment, une surprise « atmosphérique » s’est offerte à mes sens, avec cette ruine moderne, à la fois urbaine et perdue dans la pinède (voir le précédent billet : Au détour, d’un chemin, une ruine moderne) […]
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