Mes premiers contacts avec la littérature ont eu lieu via Stefan Zweig.
Cela se justifiait, car son écriture est très abordable : fine et soignée, psychologique mais pas trop, propice à l’imaginaire. De plus, le format de ses nouvelles se prêtaient bien à l’impatience adolescente…

A cet âge, en particulier, les impressions artistiques semblent se graver pour longtemps, comme dans une matière meuble.
C’est ainsi que je garde encore en mémoire les impressions de lecture de « la Lettre d’une inconnue », « le joueur d’échec », ou encore dans un format plus conséquent « La confusion des sentiments » et « La pitié dangereuse »

Pour exemple, voici « La lettre d’une inconnue », accessible par les liens suivants :
- En français : https://www.ebooksgratuits.com/details.php?book=2322
- En anglais : https://www.prosperosisle.org/spip.php?article958
- En allemand (langue originale) : https://www.prosperosisle.org/spip.php?article958#Below2

Aussi, en parcourant les piles de bouquins d’une brocante (expérience que je commence à apprécier), un livre m’est resté dans les mains : un recueil de nouvelles, titré « La Peur » (dans le style d’un Maupassant) et composé de titres qui m’étaient inconnus.
Si la chance s’offre à soi, il ne faut pas la rater.
L’un de ces récits a particulièrement attisé mes vibrations intérieures : « la femme et le paysage ».
En dépit de ce titre, qui ne serait sans doute pas au goût du jour, il ne s’agit ni d’un male gaze (quoique le narrateur soit bien masculin) ni d’une contemplation évanescente. Sans vous révéler l’histoire, qui vaut le détour (dont voici la version allemande originale et la version française), il s’agit plutôt d’une ambiance, d’une atmosphère électrique (en attendant l’orage) et, comme tout récit romantique qui se respecte depuis Faust, d’un acte manqué.
Un récit de valeur, bien qu’il soit fortement empreint d’une époque (ce qui a aussi son intérêt).



SPOILER : Alors que je cherchais le texte en ligne, pour vous permettre de le découvrir facilement, je suis tombé sur ce court métrage d’animation, par Adrienne Zeidler.
Il est de qualité, en particulier vis à vis des atmosphères et en termes de stylisation. La romance est quant à elle abordée de manière un peu trop directe et « rentre-dedans », ce que je regrette car cela est beaucoup plus fin dans le livre. La version écrite n’est pas sans une certaine forme d’érotisme, mais pas tellement plus que cela – et je trouve ça excellent, car cela n’en stimule que mieux l’imagination…
Pour être tout à fait honnête, ce romantisme très dix neuvième m’a un peu perdu, au temps de ma jeunesse.
En effet, j’ai cru alors que les choses allaient vraiment ainsi : des rencontres impromptues, dans une atmosphère hors du commun, un amour intense et fugace, etc.
Le plus grave n’est sans doute pas de caresser cet espoir, ni même d’en rêver (quoique cela propice à bien des malentendus, parfois douloureux) mais plutôt la réaction après coup, bien plus tard, lorsque l’on pense que « tout ça, c’était des conneries ».
En effet, on se surprend à développer alors un regard froide sur le monde et sur les relations, c’est à dire à leur appliquer l’extrême inverse du romantisme : une grisaille presque glacée.
Or, je crois aujourd’hui que le romantisme relève essentiellement d’un regard : bien loin d’être objectif, il s’agirait plutôt d’une perception et d’une ouverture aux événements.
De fait, cette idée transparaît parfaitement dans les différentes nouvelles de ce petit recueil : d’abord « la femme et le paysage » (prétexte et impulsion de ce billet), mais aussi « révélation inattendue d’un métier », ou encore « la collection invisible ». Sans rentrer dans les détails de ces histoires ni vous gâcher la découverte, il s’agit là de rencontres fortuites, et autant d’observations. Le narrateur se trouve systématiquement au cœur d’une situation inattendue et l’apprécie en s’ouvrant à l’événement.
En d’autres termes, il se place en position de « résonance » (j’écrirai prochainement sur Résonance , texte fondamental de Hartmut Rosa). Loin de fuir ces situations rocambolesques, le narrateur s’en nourrit, les explore, voire les développe.

C’est ainsi que le romanesque et la vie romantique existent bel et bien, si on sait les apprécier.
C’est un peu comme la philosophie de l’abondance, qui prône que le monde n’est empreint de rareté et de manque(s) que si on le considère comme tel. Pour reformuler : l’abondance existerait sur tous les plans (entre autres : affectif, matériel et même financier) à condition d’apprendre à être disponible, à accepter de prendre et, naturellement, à donner en retour. Il s’agirait donc d’apprendre à ouvrir les yeux, pour voir la beauté qui nous entoure, et à ouvrir son cœur / âme ou autre (selon ce qui nous parle), pour devenir beaux nous-mêmes.
Naturellement, j’ai énormément à apprendre sur ce sujet (aussi et peut-être même plus que beaucoup, compte tenu de ce parcours en dents de scies et de ma « déformation » scientifique cultivant le « rationalisme »), mais certaines expériences m’indiquent que je suis sur une voix prometteuse.
Et pourtant que d’inattendu ! (la vie, en somme…)
J’ai souvenir de quelques rencontres impromptues autant qu’improbables, qui alimentent cette conception.
Par exemple, je revois clairement cinq rencontres dans le train, à la faveur de mes déplacements réguliers. 5… en 12 ans ! C’est dire si j’en ai raté ! Quant à celles-ci, je les apprécie aujourd’hui encore.
Elles mériteraient un billet chacune (et bien plus encore), mais il suffit dans l’immédiat d’indiquer qu’elles m’ont toujours pris au dépourvu, au travers de personnes très différentes de moi-même, lesquelles voulaient simplement parler à quelqu’un. Ces fois-là, j’ai eu la présence d’esprit de fermer l’écran de mon ordinateur et de me rendre disponible. J’ai écouté ces personnes, me confiant leur histoire et leur drame – et j’ai appris en quelques heures plus qu’en plusieurs années.
Peut-être ces rencontres ne peuvent-elles survenir que de manière inopinée, avec des inconnu(e)s ? Toujours est-il que dans l’échange, le cœur ouvert à l’inconnu, on se remplit.
Quelques notes :
- Vous pouvez trouver quelques unes de ces nouvelles au lien suivant : https://www.ebooksgratuits.com/ebooks.php?auteur=Zweig_Stefan
- Je vous renvoie également à un excellent blog, que j’ai découvert en préparant ce billet : https://vishytheknight.wordpress.com/2018/11/20/book-review-the-collected-stories-of-stefan-zweig/
5 réponses à “Impressions : « La femme et le paysage », de Stefan Zweig (nouvelle)”
We’re a group of volunteers and starting a new scheme in our community.
Your site provided us with valuable information to work on.
You’ve done an impressive job and our whole community will be grateful to
you.
[…] vous le savez (peut-être), j’apprécie les nouvelles en général : Tchekhov, Zweig, Andersen, Tolstoï (ici ou là), Daudet, Erich Maria Remarque, ou encore pour les contemporains […]
Aw, this was a very good post. Spending some time and actual effort to
generate a top notch article… but what can I say… I procrastinate a whole lot and don’t seem to get
nearly anything done.
Thank you very much
Yes, it takes time, but, you know, when you’ve got so much (unknown) readers from all around the world (40 000 last years I believe), and especially when reading comments like yours, it’s worth it !
Let’s exchange again within soon.
Excellent article. Keep posting such kind of info on your page.
Im really impressed by it.
Hello there, You’ve performed a great job. I’ll certainly digg
it and individually recommend to my friends. I’m sure they will
be benefited from this web site.